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  • 26 avril 2023
  • 12 mois

« Le Burn-out : parlons-en » Volet 1

Marie Martin

Psychologue - Coordinatrice clinique & professionnelle Service Réadaptation

Temps de lecture : 8 minutes

Merci à l’équipe belge Réadaptation pour leurs contributions sur le sujet : Nathalie VanDenBogaert, Jolien Hemelsoet et Elvis Sausmikat

Epuisé, vidé, au bout du rouleau, éreinté, à bout de souffle, constamment à fleur de peau, virusé, pris d’assaut par des pathologies de toutes parts, une digestion dézinguée, au bord du divorce, en rupture avec les siens, désincarné, anesthésié de ses émotions et insensible à celles d’autrui, la mâchoire ultra-contractée, à genoux depuis un moment déjà pour tenir coûte que coûte, les cachets pour dormir et ceux pour rester éveillé, la tension et le palpitant à leur apogée, … le guerrier s’effondre d’un coup, d’un seul, foudroyé dans sa lutte sans fin. La violence de l’écroulement est l’aboutissement de ce qui était, depuis des mois voire des années, une chute annoncée.

Il s’agit ici – pour reprendre le terme à la mode – de l’illustration d’un Burn-out, d’un épuisement généralisé qui s’est installé dans le temps, a brûlé son porteur à petit feu. Néanmoins, comme le souligne Marie PEZE (Podcast RFI, février 2023) : « le Burn-out est un mot valise, un mot fourre-tout ». Elle ajoute qu’il est désormais décliné à toutes les situations de vie : Burn-out parental, scolaire, etc. et possède ses extensions : Bore-out (épuisement provoqué par l’ennui au travail), Brown Out (perte de sens et de motivation au travail). Ainsi, comment y voir clair ? Que dire qui n’a pas déjà été dit sur le Burn-out ? Que penser avec le surplus d’informations existant sur le sujet ? Comment prévenir le sien (potentiel) de Burn-out ou celui d’un proche, d’un collègue : comment être vigilant, se préverser et prêter attention à autrui ? Ici, nous nous centrerons sur le Burn-out dans son versant professionnel, sans exclure cependant l’incidence d’évènements personnels douloureux ou traumatiques.

Le thème du Burn-out étant tellement vaste, notre volonté est de vous renseigner humblement sur le sujet. Dans cette première partie, nous ferons retour sur sa définition et ses manifestations ainsi que sur les facteurs de risque.

Définitions et manifestations du Burn-out (BO) : comme le définir ?

Les spécialistes du sujet indiquent que le BO est un phénomène récent dans l’Histoire de l’humanité. Boris CYRULNIK (in « Se reconstruire après un Burn-out », S. BATAILLE, p.5) le décrit comme étant : « le fruit de notre époque où les comportements se sont engourdis de façon chronique par l’anomie et la perte de sens au travail ». Il précise que son apparition est la succession de deux phénomènes de l’ère moderne. D’une part, la Révolution industrielle fin XIXème a engendré une cadence de productivité accrue qui requiert le déploiement d’une forte énergie chez l’humain. Néanmoins, à cette époque, les rites sociaux, la cellule familiale et le collectif servaient de facteurs protecteurs et clivait de fait le monde professionnel du monde personnel. D’autre part, l’essor du développement personnel depuis les années 1980 a favorisé, dans son revers, le délitement du lien ; Cyrulnik évoque que cette survalorisation personnelle a provoqué : « une inversion des priorités : la recherche de son bien-être individualisé avant la contrainte sociale naturelle de la solidarité et l’écologie collective ». Nous avons ainsi destitué ce garde-fou que représentait le collectif par rapport au surinvestissement au travail.

Le terme « Burn-out » a été formalisé par l’américain Herbert FREUDENBERGER qu’il décrit ainsi (1974) : « En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendies, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes. ». Comme l’indiquent LEGERON, OLIE et al. (Rapport de l’Académie nationale de médecine sur le Burn-out, 2016), le psychiatre français Claude VEIL avait présenté le concept d’épuisement professionnel dès 1959 qu’il dépeignait comme « le fruit de la rencontre d’un individu et d’une situation » et résultant du « franchissement d’un seuil ».

L’OMS (rapport mail 2019) le considère comme étant exclusivement rattaché au domaine professionnel et spécifie qu’il n’est pas reconnu en maladie dans le tableau de références (ICD-11, International Classification of Diseases) : « L’épuisement professionnel est un syndrome résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec succès. Elle se caractérise par 3 dimensions : sentiment d’épuisement / une distanciation et des sentiments négatifs ou du cynisme dans son rapport au travail / une efficacité professionnelle réduite. ». En France, le BO est désigné comme un syndrome d’épuisement professionnel en lien avec la souffrance au travail et/ ou les effets du stress professionnel.

Ce qui ressort dans les diverses études sur le sujet est ce déséquilibre profond qui se creuse dans la balance entre les « Exigences (de travail) versus les Ressources (dont dispose l’individu) ». Wilmar SCHAUFELI (2004, 2009), qui se réfère au modèle JD-R : « Job Demands-resources », précise qu’il s’agit là du rapport entre les exigences du poste (pression, charge de travail, niveau de stress, exigences physiques, émotionnelles et psychologiques) et les ressources externes (environnement de travail et supports : encadrement, équipe, coaching, tuilage, opportunités d’évolution, etc.) et internes (vie familiale et sociale, valeurs, traits de personnalité, résilience, temps de repos, etc.). SCHAUFELI met en avant que plus le déséquilibre est fort, plus la personne s’épuise et moins elle a de ressources pour adopter une stratégie d’adaptation efficace, ce qui renforce son épuisement : l’engrenage du BO se met alors en place. S’il n’est pas régulé voire arrêté, le déséquilibre va impacter toutes les sphères de vie de la personne. Sur le plan clinique (HAS, 2017), le BO peut se manifester par des troubles émotionnels (anxiété, irritabilité, hypersensibilité ou manque d’émotions), cognitifs (troubles de l’attention-concentration, de la mémoire), relationnels (agressivité, repli sur soi), motivationnels (désengagement), mais également au plan somatique (lombalgie, asthénie, troubles du sommeil, TMS, céphalées, troubles gastriques, etc.) ou encore générer des comportements addictifs.

Facteurs de risques : qu’est-ce qui favorise l’apparition du BO ?

A petite dose, le stress peut être moteur, il permet de se dépasser, de relever des défis. Néanmoins, à moyen et long termes l’accumulation de stresseurs, amoindrit significativement les ressources à disposition et peut conduire au BO dans la sphère professionnelle. Dans sa théorie du syndrome général d’adaptation, H. SELYE (1956) décrit le mécanisme de réaction face au stress par l’organisme en 3 étapes, chacune induisant des réactions physiologiques et hormonales spécifiques : la phase d’alarme (l’organisme se prépare à réagir au stress ou à fuir, il y a déclenchement des catécholamines pour préparer à l’action), puis la phase de résistance (en cas de persistance du stress, l’organisme s’arme des glucocorticoïdes pour tenir sur la durée) et enfin,  la phase de l’épuisement avéré (face au stress devenu permanent, les hormones déferlent à tout va, l’organisme n’arrive plus à les réguler). Le stress chronique dans le contexte professionnel peut avoir des impacts préjudiciables tant sur l’organisation de travail (absentéisme, baisse de productivité, turn-over) que sur les salariés (mal-être, somatisations, etc.). Emily FOURNIER (« The Effects of Psychological Stressors in the Workplace », mars 2023) nous dresse ainsi un tableau des effets du stress psychologique sur les salariés et des réponses possibles à y apporter. Tel un engrenage, le stress majoré s’installe de façon progressive et à l’insu de son porteur ; dans ce contexte, le BO peut y prendre racine. Selon la neuropsychologue Cathy ASSENHEIM (Interviewée par Bénédicte BEAULOYE, 2023) : « Le burn-out est un dérèglement nerveux et hormonal de nos ressources d’adaptation qui sont gérées par deux glandes appelées surrénales. (…) Dans un premier stade, le système nerveux compense et se booste. On est dans une tension permanente, un mode robot avec le cerveau qui tourne en permanence. Puis cette béquille nerveuse va lâcher aussi. Le système nerveux travaille en collaboration avec des hormones qui sont les neurotransmetteurs, ils assurent le lien entre le mental et le corps. Le cortisol est l’hormone de l’énergie, quand elle n’est plus produite la personne est une loque. Il y a aussi des dérèglements sur des neurotransmetteurs qui sont liés à l’humeur, à l’anxiété, cela donne des symptômes qui s’apparentent à la dépression. On est crevé, on veut juste se terrer chez soi en ermite, on a des montées d’angoisse nerveuse. Cela fait penser à des signes dépressifs, alors que la cause est hormonale ».

Outre le stress chronique, des facteurs individuels et collectifs peuvent contribuer à l’apparition d’un BO (« Guide à la prévention du Burnout » DGT, 2015). A titre individuel, se trouve le rapport que chacun entretient au travail avec en particulier, la centralité que le travail prend dans la vie de la personne mais également le sens de l’engagement. Les facteurs collectifs regroupent eux : les exigences de travail (intensité et temps de travail) et les exigences du poste (émotionnelles, physiques, psychiques), le manque d’autonomie, les rapports sociaux dégradés, les conflits de valeurs et de qualité de travail empêchée, une injonction de rentabilité accrue mais aussi l’insécurité de la situation de travail.

A ces constats, s’ajoutent, en ce début de 21ème siècle, 3 nouveaux facteurs à risques qui majorent encore l’exposition au risque de BO : le télétravail et la multiplication des NTIC (Nouvelles Technologies d’Information et de Communication) associées au multi-tâches incessant. En ce qui concerne le télétravail, actuellement et plus encore après la pandémie du Covid-19, sa mise en place totale ou partielle, a offert de nombreux bienfaits (temps de trajets diminué, possibilité de gérer des contraintes du quotidien, confort du cadre de travail). Néanmoins, on observe un revers de médaille avec une augmentation des manifestations d’épuisement professionnel. Le constat est en effet, que le télétravail peut contribuer à diminuer voire couper les échanges inter-personnels par la diminution des temps dits intersticiels : le moment de la machine à café, les quelques mots échangés à la photocopieuse et le temps du sacrosaint déjeuner en collectif. Ces temps ont pour bénéfices, non seulement, d’induire des pauses et des coupures par rapport à l’activité de production, mais aussi de s’inscrire et de se maintenir dans le lien et le support social décrit ci-dessus par B. CYRULNIK. Les NTIC nous permettent désormais d’avoir des réseaux de communication pluriels : mails, chat Teams, et textos qui s’enchaînent allégrement en parallèle d’une réunion en visio (qui a déjà commencé) … S’ajoute à cela le « task switching » (le passage d’une tâche à l’autre), favorisé par l’usage de multiples NTIC : le surmenage n’est déjà plus très loin. L’hyperconnectivité et le glissement de tâches – séduisants de prime abord, voire galvanisants par l’impression de pouvoir être sur tous les fronts et de répondre à toutes les demandes – expose le cerveau à des sur-sollications permanentes, comme le souligne M. PEZE (podcast RFI, 2023) : « c’est un travail en apnée, sans pauses. On est tout le temps sollicité, c’est du non-stop ». A terme l’euphorie peut céder la place à l’épuisement, car le multitâches incessant requiert un fort coût cognitif en termes d’attention-concentration, créé une fatigue psychique et engendre une perte d’efficacité (Pauline ALLIONE, « Comment jongler entre les tâches sans frôler le Burn-out ? », 2023).

Conclusion :

Le BO n’arrive pas qu’aux autres, il peut survenir chez tous, à tous postes de travail et à différents moments de la carrière professionnelle. Un changement dans son parcours, une montée en compétence complexe ou mal accompagnée, des modifications dans l’organisation de travail, une cumulation de stresseurs qui isolés ne prêteraient pas à conséquence, mais qui cumulés peuvent faire glisser tout-un-chacun sur la pente de l’épuisement. Le BO nécessite un temps de récupération avec des étapes à franchir, sans les « brûler » pour ne pas y retomber, et en étant accompagné. Ainsi, dans un second volet, nous proposerons de vous éclairer sur les prises en charge possibles d’un BO et sur des clefs de prévention.

Sur ce, je vous propose de décrocher de cet article et de prendre un peu de temps pour vous, bref, bonne coupure !

Références :

Podcast RFI / Interview de Marie PEZE et Jean-Claude DELGENES https://www.souffrance-et-travail.com/magazine/burn-out/le-burn-out-est-il-reconnu/
BATAILLE, Sandrine (4ème Ed. 2022). Se reconstruire après un Burn-out : les chemins de la résilience professionnelle. Dunod : Paris.
Freudenberger HJ. Staff burnout in Journal of Social Issues, vol. 30, 1974.

LÉGERON P., OLIE J.P et al. Rapport de l’Académie nationale de médecine sur le Burn-out (2016)
https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2016/02/26-fev-2016-RAPPORT-ACADEMIE-Burn-out-V3.pdf

Site internet OMS / classification du BO, rapport mai 2019
https://www.who.int/news/item/28-05-2019-burn-out-an-occupational-phenomenon-international-classification-of-diseases

Schaufeli, W.B. & Bakker, A.B. (2004) Job demands, job resources and their relationship with burnout and engagement: A multi-sample study. Journal of Organizational Behavior, 25, 293-315.

Schaufeli, W.B., Bakker, A.B. & van Rhenen, W. (2009). How changes in job demands and resources predict burnout, work engagement, and sickness absenteeism. Journal of Organizational Behavior, 30, 893-917.

Fiche HAS, Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel » (2017)
https://www.has-sante.fr/jcms/c_2769318/fr/reperage-et-prise-en-charge-cliniques-du-syndrome-d-epuisement-professionnel-ou-burnout

SELYE, H. (1956). The stress of life. New-York : McGraw-Hill.
The Effects of Psychological Stressors in the Workplace, Emily FOURNIER / Workplace Options
https://www.workplaceoptions.com/effects-of-psychological-stressors-in-the-workplace/

Le burn-out ne serait pas uniquement psychologique : “C’est aussi une maladie du corps”, Interview de Cathy ASSENHEIM par Bénédicte BEAULOYE
https://www.rtbf.be/article/le-burn-out-na-rien-a-voir-avec-le-psychologique-cest-une-maladie-du-corps-11150587

Guide à la prévention du Burnout (2015), produit par la DGT (Direction Générale du travail) en collaboration avec l’ANACT, l’INRS et le Ministère du travail
https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/Exe_Burnout_21-05-2015_version_internet.pdf

Comment jongler entre les tâches sans frôler le Burn-out ? Pauline ALLIONE / WELCOME TO THE JUNGLE
https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/jongler-taches-eviter-burn-out

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